Client qui paie à 60 jours : solutions pour financer la facture

Vous avez livré la marchandise ou réalisé la prestation. La facture est partie. Votre client ne conteste rien et vous a confirmé qu'il paierait bien à l'échéance.

Le problème est ailleurs : l'argent arrivera dans 60 jours, alors que vos salaires, fournisseurs, charges sociales, TVA, loyers ou achats doivent être réglés bien avant. Cette situation est extrêmement fréquente en B2B. Elle ne signifie pas nécessairement que l'entreprise est en difficulté ou que le client est mauvais payeur. Elle traduit avant tout un décalage entre le cycle commercial et le cycle de trésorerie. Vous avez réalisé votre chiffre d'affaires, mais celui-ci n'est pas encore disponible sur votre compte bancaire. Que faire dans ce cas ?

Plusieurs solutions existent :

  • négocier avec le client ;
  • mobiliser une ligne bancaire ;
  • céder la créance ;
  • utiliser une avance sur facture ;
  • mettre en place un contrat d'affacturage.

Le bon choix dépend surtout d'une question : votre besoin de trésorerie est-il ponctuel ou se reproduit-il chaque mois ?

Un paiement à 60 jours n'est pas forcément un retard de paiement

Avant de chercher une solution de financement, il faut distinguer deux situations très différentes.

Votre client doit payer dans 60 jours

Si ce délai a été contractuellement prévu et respecte les règles applicables, votre créance n'est pas en retard. Entre professionnels, le délai négocié peut, en règle générale, aller jusqu'à 60 jours après la date d'émission de la facture. Il est également possible de convenir d'un délai maximal de 45 jours fin de mois, sous réserve notamment que cette modalité soit prévue contractuellement. Votre problème n'est donc pas un problème de recouvrement. C'est un problème de financement du délai client.

Votre client devait payer il y a 30 jours

La situation est différente. La facture est échue et l'entreprise doit désormais gérer un retard de paiement. Les pénalités de retard deviennent alors exigibles selon les conditions prévues, ainsi que l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement fixée à 40 € lorsqu'elle est applicable. Dans ce second cas, la priorité devient :

  • la relance ;
  • l'identification d'un éventuel litige ;
  • le recouvrement ;
  • l'évaluation de la solvabilité du débiteur.

Une facture déjà fortement échue est généralement plus difficile à financer qu'une créance saine qui n'est pas encore arrivée à échéance. Il vaut donc mieux agir avant que la facture devienne impayée.

✔ Point de contrôle
Distinguez toujours délai de paiement et retard de paiement. Une facture payable à 60 jours n'est pas impayée tant que son échéance n'est pas dépassée. Le sujet est alors le financement du cycle client, pas encore le recouvrement.

Pourquoi une facture à 60 jours peut-elle mettre une entreprise sous tension ?

Sur le papier, l'entreprise est rentable. En trésorerie, la situation peut être beaucoup moins confortable. Prenons une entreprise qui réalise une prestation de 50 000 € et facture son client avec un règlement à 60 jours. Elle a peut-être déjà dû :

  • payer ses salariés ;
  • acheter les matières premières ;
  • régler des sous-traitants ;
  • avancer les frais de déplacement ;
  • payer son loyer ;
  • supporter ses charges administratives ;
  • régler certaines échéances fiscales et sociales.

La marge existe comptablement, mais l'encaissement qui permettra de reconstituer la trésorerie n'interviendra que deux mois plus tard. C'est précisément ce décalage qui contribue au besoin en fonds de roulement. Plus le chiffre d'affaires augmente avec des clients payant tardivement, plus ce besoin peut devenir important.

La croissance peut même aggraver le problème

C'est un paradoxe classique. Une entreprise peut être en croissance, obtenir de nouveaux contrats et augmenter son carnet de commandes tout en manquant de trésorerie. Pourquoi ? Parce qu'elle doit financer chaque nouvelle vente avant d'en encaisser le produit. Imaginons qu'elle facture :

  • 50 000 € en janvier ;
  • 70 000 € en février ;
  • 90 000 € en mars.

Si tous ses clients règlent à 60 jours, l'entreprise peut devoir financer plusieurs dizaines ou centaines de milliers d'euros de charges avant que les premières factures soient encaissées. Une forte croissance mal financée peut donc consommer davantage de trésorerie qu'une activité stable.

Première étape : calculez le besoin réel jusqu'au paiement du client

Avant de demander 50 000 € simplement parce que votre facture s'élève à 50 000 €, il faut calculer ce dont vous avez réellement besoin. Le raisonnement peut être simplifié ainsi : Besoin de trésorerie = décaissements à supporter avant l'encaissement du client – encaissements disponibles sur la même période Il faut donc établir un prévisionnel très court terme. Par exemple :

Flux à venir avant le paiement du client Montant
Salaires et charges 18 000 €
Fournisseurs 14 000 €
Loyer et charges fixes 4 000 €
Échéances fiscales et sociales 7 000 €
Autres dépenses 3 000 €
Décaissements prévus 46 000 €
Autres encaissements attendus -16 000 €
Besoin de trésorerie réel 30 000 €

L'entreprise n'a donc peut-être pas besoin de financer la totalité de sa facture de 50 000 €. Elle doit trouver environ 30 000 € de trésorerie relais. Cette distinction est importante car tout financement a un coût. Financer uniquement ce dont l'entreprise a réellement besoin permet de limiter les frais financiers.

Quelles solutions lorsque votre client paie à 60 jours ?

Il n'existe pas une réponse unique. Les principales solutions sont :

  1. demander un paiement anticipé au client ;
  2. négocier un acompte sur les prochaines commandes ;
  3. négocier davantage de délai auprès des fournisseurs ;
  4. utiliser une autorisation de découvert ou une ligne de trésorerie ;
  5. mobiliser la créance auprès d'une banque ;
  6. financer ponctuellement la facture ;
  7. mettre en place un contrat d'affacturage lorsque le problème est récurrent.

Le choix dépend notamment de la fréquence du besoin.

Solution 1 : demander à votre client de payer plus tôt

C'est la solution la plus simple en théorie. Vous pouvez proposer au client un paiement anticipé en échange d'un escompte. Par exemple : règlement sous 10 jours contre une réduction financière convenue. Cette solution peut fonctionner lorsque :

  • votre client dispose d'une trésorerie importante ;
  • votre facture est incontestable ;
  • le montant de l'escompte présente un intérêt pour lui ;
  • votre relation commerciale permet ce type de négociation.

Mais elle présente une limite évidente : vous réduisez directement votre marge commerciale. Il faut donc comparer le coût de l'escompte avec celui d'une solution de financement. Accorder 2 % de remise sur une facture de 50 000 € représente par exemple 1 000 €. Si une autre solution permet d'obtenir la trésorerie nécessaire pour un coût inférieur, l'escompte n'est pas nécessairement la meilleure option.

Solution 2 : négocier des acomptes pour les prochaines commandes

L'acompte est particulièrement intéressant lorsque votre activité exige beaucoup de dépenses avant la facturation finale. Cela concerne notamment :

  • le BTP ;
  • l'industrie ;
  • les bureaux d'études ;
  • l'informatique ;
  • les prestations intellectuelles longues ;
  • l'événementiel ;
  • la fabrication sur mesure ;
  • certaines prestations de conseil.

Au lieu de financer intégralement le projet pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, l'entreprise peut demander par exemple :

  • un acompte à la commande ;
  • un paiement intermédiaire ;
  • un règlement par jalons ;
  • un solde après livraison.

Cette solution améliore structurellement le besoin en fonds de roulement. En revanche, elle ne résout pas forcément le problème de la facture déjà émise.

Solution 3 : obtenir davantage de délai auprès de vos fournisseurs

Le besoin de trésorerie provient souvent d'un déséquilibre simple : vous payez vos fournisseurs avant d'être payé par vos clients. Si vos fournisseurs sont réglés à 30 jours alors que vos clients vous règlent à 60 jours, votre entreprise finance une partie de cet écart. Une négociation fournisseur peut donc améliorer la situation. Mais attention : repousser les paiements ne constitue pas toujours une solution durable. Il faut notamment éviter de transformer un problème de délai client en accumulation de dettes fournisseurs. Cette approche est surtout pertinente si l'entreprise dispose d'une relation commerciale solide et peut obtenir contractuellement des conditions plus adaptées à son cycle d'exploitation.

Solution 4 : utiliser une ligne de trésorerie bancaire

Si votre entreprise dispose déjà d'une autorisation de découvert, d'une facilité de caisse ou d'une ligne court terme disponible, celle-ci peut être pertinente. L'avantage est évident : le financement existe déjà. Il n'est pas nécessaire de mettre en place un nouveau dispositif pour une difficulté ponctuelle limitée. Mais la banque finance principalement votre entreprise et sa capacité de remboursement. Elle examine notamment :

  • vos bilans ;
  • votre rentabilité ;
  • votre endettement ;
  • vos flux bancaires ;
  • votre historique ;
  • vos fonds propres ;
  • les garanties disponibles.

L'affacturage repose sur une logique différente : le financement est adossé à une créance commerciale existante et à la qualité du débiteur facturé. Les deux solutions ne répondent donc pas exactement à la même logique.

Solution 5 : financer directement la facture

C'est souvent la solution la plus naturelle lorsque le problème est extrêmement précis : « J'ai une facture de 40 000 €, mon client paiera dans 60 jours mais j'ai besoin de 25 000 € maintenant. » L'entreprise peut rechercher une solution de financement ponctuel de facture, parfois appelée affacturage à la facture ou factoring spot selon les offres. Contrairement à un contrat global, elle choisit alors une ou plusieurs créances à financer. Cette formule est particulièrement adaptée lorsque :

  • le besoin est exceptionnel ;
  • quelques grosses factures créent le décalage ;
  • l'entreprise ne souhaite pas céder l'ensemble de son chiffre d'affaires ;
  • son activité connaît des pics saisonniers ;
  • elle vient de gagner un contrat important ;
  • elle souhaite tester le financement de factures avant d'en faire une solution permanente.

Affacturage.fr présente notamment des dispositifs permettant de sélectionner les créances à financer plutôt que de céder systématiquement tout le poste clients.

Comment fonctionne concrètement le financement d'une facture à 60 jours ?

Prenons une facture de 50 000 € payable dans 60 jours. L'entreprise a besoin de trésorerie immédiatement.

Étape 1 : la facture est émise

La prestation doit avoir été réalisée ou les marchandises livrées. Il faut une véritable créance commerciale. Un simple :

  • devis ;
  • bon de commande ;
  • contrat non exécuté ;
  • prévisionnel de facturation

ne constitue normalement pas une facture finançable de la même manière.

Étape 2 : le financeur analyse la créance

Il regarde notamment :

  • l'identité du client ;
  • sa solvabilité ;
  • le montant de la créance ;
  • son échéance ;
  • l'existence éventuelle d'un litige ;
  • les justificatifs de livraison ou de réalisation ;
  • les conditions contractuelles ;
  • la concentration du risque sur ce client.

Étape 3 : une avance est versée

Une fois la créance acceptée, une partie importante de la facture peut être mise à disposition immédiatement. Sur le marché de l'affacturage, les taux d'avance dépendent du contrat et du dossier ; des niveaux de l'ordre de 80 à 90 %, parfois davantage selon les solutions, sont couramment proposés. Pour une facture de 50 000 €, une hypothèse d'avance à 90 % représenterait : 50 000 € × 90 % = 45 000 € disponibles L'entreprise n'a alors plus besoin d'attendre deux mois pour disposer de l'essentiel de sa créance.

Étape 4 : le client règle à l'échéance

Le paiement est effectué conformément au dispositif prévu dans le contrat d'affacturage. Selon la formule retenue, le client peut être informé de la cession de créance ou certaines solutions peuvent fonctionner de manière plus confidentielle.

Étape 5 : le solde est régularisé

Une fois le règlement encaissé, le solde disponible est reversé selon les conditions du contrat, après prise en compte :

  • des commissions ;
  • du coût de financement ;
  • des éventuelles retenues ;
  • des autres frais prévus.

Toutes les factures à 60 jours sont-elles finançables ?

Non. C'est un point essentiel. Avoir une facture ne signifie pas automatiquement qu'un factor acceptera de la financer.

La créance doit généralement être professionnelle

L'affacturage concerne principalement les créances commerciales B2B. Le client doit généralement être :

  • une entreprise ;
  • un professionnel ;
  • une collectivité ;
  • un organisme public éligible.

Les factures adressées à des particuliers ne correspondent généralement pas au périmètre classique de l'affacturage.

La prestation doit être réalisée

Une facture émise trop tôt peut poser problème. Le factor cherche à vérifier que la créance correspond à :

  • une marchandise réellement livrée ;
  • une prestation réellement exécutée ;
  • un service accepté ;
  • une situation de travaux suffisamment justifiée dans les secteurs concernés.

La facture ne doit pas être litigieuse

C'est probablement l'un des critères les plus importants. Si le client conteste :

  • la quantité livrée ;
  • la qualité ;
  • le prix ;
  • la conformité ;
  • la prestation ;
  • les délais ;
  • l'exécution du contrat,

le factor peut refuser de financer la créance. L'affacturage finance une créance commerciale. Il n'a pas vocation à financer un litige commercial.

La solvabilité du client compte beaucoup

C'est une différence fondamentale avec un prêt bancaire classique. La qualité financière de votre propre entreprise reste importante, mais le factor analyse également avec beaucoup d'attention celui qui devra finalement payer la facture. Une petite entreprise qui facture un débiteur très solide peut ainsi présenter un profil intéressant pour une solution de financement de créances. À l'inverse, une facture importante adressée à un client déjà très fragile peut être refusée ou financée seulement dans certaines limites.

Affacturage ponctuel ou contrat d'affacturage classique ?

C'est généralement ici que se fait le véritable choix.

Votre besoin de financement est occasionnel.

Vous avez gagné exceptionnellement une grosse commande. Votre client paie à 60 jours. Votre besoin est limité à quelques factures. Dans ce cas, une solution ponctuelle ou à la facture peut être plus cohérente. Vous conservez davantage de liberté et évitez de mettre en place une organisation disproportionnée par rapport à un besoin isolé.

Le problème se répète tous les mois

Vous facturez en permanence avec des échéances à :

  • 30 jours ;
  • 45 jours ;
  • 60 jours ;
  • voire davantage dans certains contextes spécifiques.

Pendant ce temps, vos charges sont réglées beaucoup plus rapidement. Dans ce cas, votre problème n'est plus ponctuel. Il est structurel. Mettre en place un contrat d'affacturage peut alors avoir davantage de sens. Au lieu de chercher un financement chaque fois que la trésorerie se tend, l'entreprise dispose d'un mécanisme régulier : facture émise, facture cédée, financement, encaissement du client. L'affacturage devient alors un véritable outil de pilotage du BFR.

Affacturage ponctuel ou classique : comment choisir ?

Situation Solution généralement à étudier
Une seule grosse facture Financement ponctuel
Quelques besoins par an Affacturage à la facture
Besoin tous les mois Affacturage classique
Forte croissance Affacturage classique ou évolutif
Activité saisonnière Ponctuel ou contrat adapté
Beaucoup de petits clients Contrat global souvent plus pratique
Un ou deux grands débiteurs Solution sélective à étudier
Ligne bancaire déjà disponible Comparer son coût avec l'affacturage
Facture litigieuse Résoudre d'abord le litige
Facture déjà fortement échue Recouvrement à examiner avant financement

Le meilleur dispositif n'est donc pas nécessairement celui qui offre le financement le plus élevé. C'est celui qui correspond au fonctionnement réel de l'entreprise.

Combien coûte le financement d'une facture pendant 60 jours ?

Il faut éviter une erreur fréquente : regarder uniquement un taux commercial affiché. Le coût réel peut comprendre plusieurs composantes.

La commission d'affacturage

Elle rémunère notamment les services liés au traitement et éventuellement à la gestion des créances.

La commission de financement

Elle correspond au coût de l'argent effectivement avancé pendant la durée d'utilisation. Plus la période entre l'avance et le règlement du client est longue, plus cette composante peut augmenter.

L'assurance-crédit éventuelle

Selon le contrat, le risque d'insolvabilité du débiteur peut être couvert. Cette protection peut faire partie du dispositif ou être facturée séparément.

Les frais annexes

Selon les offres, il faut vérifier l'existence éventuelle de :

  • frais de dossier ;
  • frais par facture ;
  • frais par débiteur ;
  • frais de notification ;
  • minimums de commission ;
  • abonnement ;
  • frais de recouvrement ;
  • retenues spécifiques.

Le fonds de garantie n'est pas forcément un coût

Autre point souvent mal compris. Lorsque le factor conserve par exemple une fraction des sommes pour constituer un fonds de garantie, cette retenue ne doit pas automatiquement être assimilée à une commission. Il s'agit d'une somme bloquée ou retenue selon les modalités du contrat. Il faut donc distinguer :

  • le coût réellement facturé
  • la trésorerie temporairement non disponible.

Cette distinction est essentielle lorsque l'on compare deux offres d'affacturage.

Faut-il financer la totalité de la facture ?

Pas nécessairement. Le montant de votre facture et votre besoin réel de trésorerie sont deux choses différentes. Une entreprise qui détient une créance de 50 000 € payable dans 60 jours n'a pas forcément besoin de disposer immédiatement de la totalité de cette somme.

Reprenons cet exemple. Vous avez émis une facture de 50 000 € à échéance 60 jours, mais votre prévisionnel de trésorerie montre que vous devez seulement trouver 20 000 € pour régler des salaires et des fournisseurs avant une prochaine rentrée d'argent prévue dans trois semaines. Dans cette situation, chercher systématiquement à mobiliser le maximum disponible n'est pas forcément pertinent.

La première question à se poser est donc : combien dois-je réellement financer et pendant combien de jours ? Pour y répondre, il faut regarder les décaissements et les encaissements prévus jusqu'au règlement de la facture : salaires, charges sociales, fournisseurs, TVA, loyers, échéances d'emprunt, mais aussi règlements attendus d'autres clients.

Cette analyse permet d'identifier le point bas de trésorerie. C'est ce besoin qu'il faut en priorité chercher à couvrir, en conservant éventuellement une marge de sécurité pour absorber un décalage d'encaissement ou une dépense imprévue.

Financer uniquement ce dont l'entreprise a besoin

Supposons que le factor accepte de financer jusqu'à 90 % de votre facture de 50 000 €, soit potentiellement 45 000 €. Cette capacité de financement maximale ne signifie pas nécessairement que vous devez utiliser immédiatement les 45 000 €.

Si votre besoin est limité à 20 000 €, une mobilisation plus faible peut être suffisante lorsque le contrat le permet. Vous conservez ainsi une capacité de financement disponible pour faire face à un besoin ultérieur, tout en évitant de mobiliser inutilement de la trésorerie.

Cette distinction est importante : disposer d'une capacité de financement et utiliser effectivement cette capacité ne sont pas la même chose. C'est comparable, dans son principe, à une ligne de crédit de 100 000 € dont l'entreprise n'utiliserait que 30 000 € parce que ce montant suffit à couvrir son besoin du moment.

Pourquoi éviter de mobiliser inutilement trop de trésorerie ?

L'objectif n'est pas simplement d'avoir le plus d'argent possible sur le compte bancaire. Une trésorerie obtenue grâce à un financement a un coût. Selon la formule retenue, la commission de financement est notamment liée au montant avancé et à la durée pendant laquelle les fonds restent mobilisés.

Financer 45 000 € pendant plusieurs semaines alors que l'entreprise n'en utilise réellement que 20 000 € peut donc augmenter inutilement le coût financier. L'intérêt d'un pilotage précis consiste au contraire à faire correspondre le financement au besoin réel de l'exploitation.

Il faut néanmoins tenir compte des modalités propres à chaque contrat. Certains dispositifs offrent une grande souplesse dans l'utilisation des sommes disponibles, tandis que d'autres prévoient des mécanismes de financement, des minimums de commission ou des conditions de tirage différents. Il faut donc vérifier les conditions de l'offre avant de conclure qu'un financement partiel sera systématiquement moins coûteux.

Conserver une marge de sécurité reste prudent

Financer uniquement son besoin ne signifie pas qu'il faut calculer sa trésorerie au centime près. Un prévisionnel reste une estimation : un client peut régler avec quelques jours de retard, un fournisseur peut demander un paiement plus rapidement que prévu ou une dépense imprévue peut apparaître.

Si votre calcul fait apparaître un besoin maximal de 20 000 €, il peut donc être raisonnable de prévoir une marge de sécurité. L'objectif est de trouver un équilibre entre deux risques : financer beaucoup plus que nécessaire et supporter un coût inutile, ou financer trop juste et se retrouver de nouveau en tension de trésorerie quelques jours plus tard.

Le besoin peut également évoluer avec la croissance

Le raisonnement doit enfin être replacé dans la durée. Une entreprise qui n'a besoin aujourd'hui que de 20 000 € peut avoir besoin de 40 000 € quelques mois plus tard si son chiffre d'affaires progresse fortement.

C'est l'un des intérêts de l'affacturage : le financement repose sur les créances clients éligibles et peut ainsi accompagner l'évolution du poste clients. Une entreprise en croissance peut disposer progressivement d'un volume de factures mobilisables plus important, sous réserve des limites de financement accordées par le factor.

Cette souplesse est particulièrement utile lorsque l'augmentation du chiffre d'affaires entraîne parallèlement une hausse du besoin en fonds de roulement. Plus l'entreprise vend avec des délais de paiement importants, plus elle peut avoir besoin de financer l'intervalle entre ses dépenses et les règlements de ses clients.

Bon à retenir

Ne partez pas du montant de la facture pour déterminer votre financement. Partez de votre besoin de trésorerie. Une facture de 50 000 € peut offrir une capacité de financement importante alors que 20 000 € suffisent à passer le point bas de trésorerie. La bonne approche consiste à financer le montant nécessaire, pendant la durée nécessaire, tout en conservant une marge de sécurité adaptée.

Attention : financement de facture et garantie contre l'impayé sont deux choses différentes

C'est probablement l'un des points techniques les plus importants à comprendre. Recevoir une avance sur une facture ne signifie pas automatiquement : « Si mon client ne paie jamais, le problème appartient au factor. » Tout dépend du contrat.

Affacturage avec recours

Si la créance reste finalement impayée, le risque peut revenir à l'entreprise selon les modalités contractuelles. Le factor peut alors demander le remboursement de l'avance ou procéder à un définancement de la créance.

Affacturage avec garantie contre l'insolvabilité

Lorsque le contrat comprend une couverture d'assurance-crédit, le risque d'insolvabilité du débiteur peut être pris en charge dans les limites prévues. Mais la garantie doit être examinée avec précision. Elle dépend notamment :

  • du montant de couverture accordé au client ;
  • de la cause de l'impayé ;
  • du respect des procédures ;
  • des délais contractuels ;
  • de l'absence de litige ;
  • des éventuelles franchises ou exclusions.

Insolvabilité déclarée et insolvabilité présumée

La couverture peut notamment intervenir lorsqu'une insolvabilité déclarée est constatée, par exemple dans le cadre d'une procédure collective répondant aux conditions prévues au contrat. Certains dispositifs prévoient également une insolvabilité présumée lorsque la créance reste impayée pendant une durée définie alors même qu'aucune procédure collective n'a encore officiellement constaté l'insolvabilité.

Les délais et conditions varient selon les contrats. Cette nuance est importante car un client qui ne paie pas à l'échéance n'est pas automatiquement juridiquement insolvable. Et surtout : un litige commercial n'est pas une insolvabilité. Si le débiteur refuse de payer parce qu'il conteste la prestation, la garantie d'insolvabilité n'a normalement pas vocation à couvrir ce désaccord commercial.

Pourquoi l'affacturage peut être particulièrement adapté à une entreprise en croissance ?

Parce que le financement peut évoluer avec le chiffre d'affaires. Une ligne bancaire classique est généralement plafonnée. Supposons que la banque accorde une ligne de trésorerie de 100 000 €. Si l'entreprise double son activité, son besoin en fonds de roulement peut lui aussi fortement progresser, alors que la ligne bancaire reste à 100 000 € tant qu'elle n'est pas renégociée.

L'affacturage fonctionne différemment. Le financement est directement lié aux créances éligibles remises au factor et aux limites accordées sur les débiteurs. Lorsque l'activité progresse et que les factures éligibles augmentent, la capacité de financement peut également évoluer, sous réserve des plafonds et conditions du contrat. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'affacturage est fréquemment utilisé pour accompagner :

  • une croissance rapide ;
  • un nouveau marché ;
  • une grosse commande ;
  • une saison forte ;
  • une augmentation du carnet de commandes.

Exemple : une PME facture 80 000 € avec paiement à 60 jours

Prenons une PME qui vient de réaliser une commande importante.

Situation

Montant de la facture : 80 000 € Échéance : 60 jours Le client est une entreprise solvable. La facture n'est pas contestée.

Pendant ces 60 jours, la PME doit payer

  • fournisseurs : 25 000 € ;
  • salaires et charges : 22 000 € ;
  • autres dépenses : 8 000 €.
Soit 55 000 € de décaissements. Elle ne dispose que de 15 000 € de trésorerie réellement mobilisable. Son besoin est donc approximativement : 55 000 € – 15 000 € = 40 000 €

Sans financement

La société doit attendre le règlement du client. Elle risque :

  • de retarder certains fournisseurs ;
  • d'utiliser son découvert ;
  • de repousser des investissements ;
  • de refuser une nouvelle commande ;
  • de dégrader inutilement sa trésorerie.

Avec une avance sur facture

Supposons, uniquement pour illustrer le mécanisme, que le factor accepte de financer 90 % de la créance. L'avance maximale théorique serait : 80 000 € × 90 % = 72 000 € Or l'entreprise n'a besoin que de 40 000 €. Selon la solution proposée, elle peut donc rechercher un dispositif calibré sur son besoin plutôt que raisonner systématiquement sur le financement maximal disponible.

Le résultat économique est simple : la vente réalisée aujourd'hui contribue immédiatement au financement de l'activité au lieu d'attendre l'échéance client.

Que se passe-t-il si le client paie finalement avec 20 jours de retard ?

C'est un point à vérifier avant de signer. Une facture prévue à 60 jours peut finalement être payée à J+70 ou J+80. Cela peut avoir plusieurs conséquences :

  • prolongation du coût de financement ;
  • relances par le factor ;
  • utilisation plus longue de l'encours ;
  • application éventuelle de dispositions contractuelles liées aux créances échues ;
  • définancement dans certaines situations si l'impayé se prolonge.

Le coût d'un contrat ne doit donc jamais être étudié uniquement à partir du délai théorique inscrit sur la facture. Il faut aussi regarder le délai réel de paiement de vos clients. Une entreprise facturant à 60 jours mais encaissant habituellement à 75 jours doit construire son prévisionnel sur la réalité de ses encaissements, pas seulement sur ses CGV.

Les 7 points à vérifier avant de financer une facture à 60 jours

Avant de choisir une solution de financement, il faut vérifier que la facture peut réellement être mobilisée et que l'opération répond à votre besoin de trésorerie. Une facture de 50 000 € payable à 60 jours n'est pas automatiquement finançable simplement parce qu'elle existe en comptabilité.

La qualité de la créance, la solvabilité du client, le montant à mobiliser et la répartition du risque en cas d'impayé sont notamment déterminants. Voici les principaux contrôles à effectuer avant de transmettre votre facture à un financeur.

1. La facture correspond-elle à une prestation entièrement réalisée ?

C'est l'un des premiers points examinés par un factor ou un financeur de créances. Une facture est beaucoup plus facilement mobilisable lorsqu'elle correspond à une livraison effectivement réalisée ou à une prestation complètement exécutée.

À l'inverse, une facture émise par anticipation, alors que les marchandises n'ont pas encore été livrées ou que la prestation reste partiellement à réaliser, peut être refusée. Le financeur veut s'assurer que la créance repose sur une opération commerciale réelle et que le client ne pourra pas légitimement refuser le paiement au motif que le contrat n'a pas encore été exécuté.

Conservez donc les éléments permettant de justifier la créance : bon de commande, contrat, bon de livraison, attestation de service fait, procès-verbal de réception ou tout autre justificatif adapté à votre activité.

Cette vérification est particulièrement importante dans le BTP, l'informatique, le conseil ou les prestations réalisées par étapes, où la date de facturation ne signifie pas nécessairement que l'intégralité de la prestation est définitivement acquise.

2. Le client a-t-il accepté la prestation ou la livraison ?

Une facture peut correspondre à une prestation réalisée tout en restant contestable. Le financeur cherchera donc également à déterminer si le client reconnaît la réalité de la dette et ne conteste ni la livraison, ni la prestation, ni son montant.

Un bon de livraison signé, une validation de prestation, un procès-verbal de réception ou simplement l'absence de contestation peuvent contribuer à sécuriser le dossier. Pour une facture importante, le factor peut également procéder à une confirmation de facture auprès du débiteur avant de la financer.

La différence est essentielle : le financement de créances porte normalement sur des créances commerciales certaines et non litigieuses. Si le client réclame un avoir de 10 000 € sur une facture de 50 000 €, le financeur ne considérera pas nécessairement que les 50 000 € constituent une créance mobilisable dans leur intégralité.

Plus la créance est documentée et incontestable, plus son financement est simple.

3. Le client est-il solvable ?

En affacturage, l'analyse ne porte pas uniquement sur votre entreprise. La qualité financière du client qui devra finalement payer la facture est déterminante.

Le factor peut examiner sa situation financière, son historique de paiement, les incidents connus, son secteur d'activité, son ancienneté et le montant total de l'encours que vous détenez sur lui.

Un client solvable peut permettre d'obtenir une limite de financement importante. À l'inverse, un client fragile, très récent ou présentant des retards de paiement répétés peut conduire le factor à réduire la ligne accordée, voire à refuser de financer ses factures.

Attention également à la concentration du risque. Une entreprise peut avoir dix clients, mais réaliser 60 % de son chiffre d'affaires avec un seul grand donneur d'ordre. La qualité de ce débiteur devient alors particulièrement importante pour le financeur.

Pour aller plus loin, il faut distinguer la solvabilité théorique du comportement réel de paiement : un grand groupe peut être parfaitement solvable tout en réglant systématiquement ses fournisseurs avec retard.

4. Le besoin est-il ponctuel ou récurrent ?

Cette question détermine directement le type de financement à rechercher. Si une seule grosse facture crée exceptionnellement un besoin de trésorerie, il peut être inutile de mettre en place un contrat couvrant l'ensemble de votre poste clients.

Une solution d'affacturage ponctuel ou de financement à la facture peut alors permettre de mobiliser uniquement la créance concernée.

En revanche, si vous facturez chaque mois 100 000 € avec un délai de paiement de 60 jours, le problème est structurel. Vous avez potentiellement en permanence près de deux mois de chiffre d'affaires immobilisés dans votre poste clients. Dans ce cas, un contrat d'affacturage peut être plus cohérent pour financer durablement le cycle d'exploitation.

Ne choisissez donc pas uniquement en fonction de votre besoin d'aujourd'hui. Regardez également ce qui se passera dans trois, six ou douze mois si votre chiffre d'affaires continue de progresser.

5. Quel montant avez-vous réellement besoin de mobiliser ?

Disposer d'une facture de 80 000 € ne signifie pas nécessairement que vous devez obtenir immédiatement le financement maximal disponible sur cette créance.

Supposons que vous deviez régler 25 000 € de fournisseurs dans dix jours et que vous attendiez parallèlement 30 000 € d'autres encaissements dans trois semaines. Votre besoin réel peut être beaucoup plus faible que le montant total de la facture.

Avant de mobiliser la créance, établissez donc un prévisionnel de trésorerie permettant d'identifier le point bas et la durée exacte du besoin. Vous pourrez alors déterminer combien d'argent doit réellement être avancé et pendant combien de temps.

Cette approche est importante car la commission de financement dépend généralement du montant effectivement avancé et de la durée pendant laquelle les fonds sont utilisés. Financer inutilement davantage peut donc augmenter le coût sans apporter de valeur supplémentaire à l'entreprise.

L'objectif n'est pas d'obtenir le maximum de trésorerie possible, mais le montant nécessaire au bon moment et au meilleur coût.

6. Qui supportera le risque si le client ne paie pas ?

C'est probablement le point le plus important à comprendre avant de signer. Financement de la facture et garantie contre l'impayé sont deux choses différentes.

Le fait qu'un factor vous avance 40 000 € sur une facture de 50 000 € ne signifie pas automatiquement qu'il supportera définitivement la perte si votre client ne règle jamais cette facture.

Dans un affacturage avec recours, le risque d'impayé peut rester à la charge de votre entreprise. Si la créance n'est pas réglée après le délai prévu au contrat, le factor peut notamment procéder à son définancement ou récupérer l'avance selon les modalités contractuelles.

Lorsque le contrat comporte une garantie contre l'insolvabilité, une partie du risque peut au contraire être prise en charge dans les limites de la couverture accordée au débiteur. Il faut alors vérifier le montant garanti, la quotité d'indemnisation, les exclusions, les délais et les conditions permettant de bénéficier de la garantie.

La distinction entre assurance-crédit et simple financement prend ici toute son importance. Un litige commercial, par exemple, n'est généralement pas assimilable à l'insolvabilité du client.

Avant de signer, posez donc une question très concrète au financeur : « Si cette facture de 50 000 € n'est finalement jamais payée par mon client, qui supportera réellement la perte et dans quelles circonstances ? »

✔ Point de contrôle
Ne confondez jamais montant financé et montant garanti. Une facture peut être financée à 90 % tout en restant totalement ou partiellement à votre risque. Demandez séparément le pourcentage d'avance, la limite de financement et le niveau réel de couverture contre l'insolvabilité.

7. Quel est le coût complet ?

Comparer deux solutions de financement uniquement à partir d'un taux affiché peut conduire à une mauvaise décision. En affacturage notamment, le coût réel ne se limite pas à la commission de financement. Plusieurs composantes peuvent intervenir et leur poids dépend du montant des factures cédées, de la durée de financement, du nombre de clients, des services inclus et des conditions du contrat.

Pour comparer correctement les offres, examinez notamment :

  • la commission d'affacturage, qui rémunère notamment les services de gestion prévus au contrat ;
  • la commission de financement, correspondant au coût de l'argent effectivement avancé pendant la période de financement ;
  • le coût de l'assurance-crédit lorsqu'une garantie contre l'insolvabilité des débiteurs est intégrée ou facturée séparément ;
  • les frais annexes : frais de dossier, de gestion, par facture, par débiteur ou autres frais prévus par l'offre ;
  • les minimums de commission, particulièrement importants lorsque le volume réellement cédé est inférieur aux prévisions ;
  • les éventuelles retenues qui réduisent la trésorerie immédiatement disponible ;
  • le fonds de garantie, qui immobilise une partie des sommes sans nécessairement constituer un coût définitif ;
  • la durée d'engagement et les conditions de sortie, qui peuvent avoir un impact important si vos besoins évoluent.

Il faut surtout distinguer le coût du financement de la trésorerie réellement mise à disposition. Une offre apparemment moins chère peut devenir moins intéressante si elle prévoit un fonds de garantie élevé, des retenues importantes ou un minimum annuel de commission difficile à atteindre.

Prenons une facture de 50 000 € payable dans 60 jours. Si le factor finance 90 % de la créance, l'entreprise ne reçoit pas nécessairement 50 000 € immédiatement : l'avance peut être limitée à 45 000 €, voire moins selon le fonds de garantie, les retenues et les conditions prévues au contrat. Le coût doit donc être rapporté à la somme réellement disponible et à la durée pendant laquelle elle est utilisée.

Il faut également éviter de considérer automatiquement le fonds de garantie comme une commission. Une somme placée en fonds de garantie reste, selon les modalités du contrat, une somme retenue destinée à couvrir certains risques ou ajustements. Elle affecte votre trésorerie disponible, mais elle ne constitue pas nécessairement une charge définitive.

Enfin, ne comparez pas uniquement le coût de l'affacturage avec zéro. Comparez-le avec le coût de la situation sans financement : utilisation du découvert bancaire, retard fournisseur, impossibilité de bénéficier d'un escompte fournisseur, ralentissement de la croissance ou refus d'une nouvelle commande faute de trésorerie.

La bonne question n'est donc pas seulement : « Combien coûte l'affacturage ? », mais : « Combien me coûte le financement nécessaire pour disposer du montant dont j'ai réellement besoin pendant 60 jours ? »

Point de contrôle

Pour comparer deux offres, demandez un exemple chiffré construit sur votre propre activité : même chiffre d'affaires, même facture, même délai de règlement et même montant financé. Comparez ensuite le coût total annuel, mais aussi la trésorerie nette réellement disponible.

! Erreur fréquente
Attendre que la trésorerie soit totalement consommée réduit vos options. Une créance saine, récente et non échue est généralement plus facile à mobiliser qu'une facture déjà très en retard. Anticiper permet également de comparer plusieurs solutions sans avoir à choisir dans l'urgence.

Erreur fréquente : attendre d'être à découvert pour chercher une solution

C'est probablement la pire méthode. Lorsque la trésorerie est déjà épuisée, les choix deviennent plus limités. Le dirigeant doit agir dans l'urgence et accepte parfois une solution qu'il n'aurait pas choisie avec davantage d'anticipation. Le meilleur moment pour organiser le financement est souvent celui où :

  • les factures sont récentes ;
  • les clients sont à jour ;
  • aucune échéance fournisseur n'est en retard ;
  • la trésorerie n'est pas encore totalement consommée.

Une créance saine à 60 jours est un actif à financer. Une facture très en retard devient un risque à recouvrer.

Erreur fréquente : croire qu'un client solide ne crée aucun risque de trésorerie

Une grande entreprise, une administration ou un groupe international peut présenter une excellente solvabilité et pourtant créer un besoin important de fonds de roulement. Le problème n'est pas nécessairement : « Va-t-il me payer ? » Il peut simplement être : « Quand va-t-il me payer ? » Un client parfaitement solvable qui représente 200 000 € de factures avec un règlement à 60 jours peut immobiliser beaucoup plus de trésorerie qu'une dizaine de petits clients réglant comptant. La solvabilité et le délai de paiement sont donc deux notions différentes.

Point de contrôle : surveillez la concentration de votre poste clients

Si 50 % ou 70 % de vos créances dépendent d'un seul donneur d'ordre, votre trésorerie devient très dépendante de son comportement. Cela peut également influencer les conditions proposées par le factor. Il est donc utile de suivre régulièrement : encours du client / encours clients total Un portefeuille clients diversifié réduit généralement la dépendance à un débiteur unique.

Point de contrôle : mesurez votre délai réel d'encaissement

Ne vous contentez pas de lire « 60 jours » dans vos contrats. Mesurez le délai réellement observé entre : date de facture et la date d'encaissement Vous découvrirez peut-être que vos clients supposés payer à 60 jours règlent en réalité à :

  • 63 jours ;
  • 68 jours ;
  • 72 jours ;
  • 80 jours.

Quelques jours supplémentaires appliqués à plusieurs centaines de milliers d'euros de créances peuvent représenter un besoin de trésorerie significatif.

Quelle solution choisir concrètement ?

Il n'existe pas une solution de financement idéale dans toutes les situations. Le bon choix dépend principalement de la fréquence du besoin de trésorerie, du montant des factures concernées, de la qualité du client, de l'existence ou non d'une ligne bancaire et de l'état de la créance.

Avant de comparer les tarifs, commencez donc par identifier précisément votre situation. Un besoin exceptionnel lié à une grosse facture ne se traite pas nécessairement de la même manière qu'un décalage de trésorerie qui se reproduit tous les mois.

J'ai une facture exceptionnelle à financer

Vous venez par exemple de facturer 50 000 € à un client qui vous réglera dans 60 jours, mais vous avez besoin d'une partie de cette somme immédiatement pour payer vos fournisseurs, vos salaires ou financer une nouvelle commande.

Si cette situation reste exceptionnelle, mettre en place un contrat portant sur l'ensemble de votre chiffre d'affaires n'est pas forcément nécessaire. Il peut être plus pertinent d'étudier un affacturage ponctuel ou une solution de financement à la facture permettant de sélectionner uniquement la ou les créances que vous souhaitez mobiliser.

Cette approche est particulièrement intéressante lorsque votre entreprise est habituellement capable de financer son besoin en fonds de roulement, mais qu'une opération inhabituelle crée temporairement un décalage important de trésorerie.

Le point essentiel : vérifiez que la facture est bien éligible au financement. Elle doit généralement correspondre à une prestation réalisée ou à une marchandise livrée, concerner un client professionnel solvable et ne pas faire l'objet d'un litige.

J'ai régulièrement besoin d'argent entre la facturation et l'encaissement

Si le problème se reproduit chaque mois, il ne s'agit plus réellement d'un besoin ponctuel. Votre activité génère structurellement un décalage entre le moment où vous engagez vos dépenses et celui où vos clients règlent leurs factures.

C'est notamment fréquent lorsqu'une entreprise paie ses salariés et ses fournisseurs rapidement alors que ses clients règlent à 30, 45 ou 60 jours. Plus le chiffre d'affaires augmente, plus le montant immobilisé dans le poste clients peut devenir important.

Dans cette configuration, un contrat d'affacturage peut devenir un véritable outil de financement du cycle d'exploitation. Au lieu d'attendre systématiquement les échéances clients, l'entreprise cède ses factures éligibles au factor et peut recevoir rapidement une avance sur leur montant.

L'intérêt est particulièrement visible en période de croissance : plus l'entreprise facture, plus elle génère potentiellement de créances susceptibles d'être financées. Le financement peut ainsi évoluer avec l'activité, sous réserve des conditions et limites prévues au contrat.

Il faut néanmoins comparer le coût complet du dispositif, le pourcentage réellement financé, le fonds de garantie, les éventuels minimums de commission et les conditions d'engagement.

Je dispose déjà d'une ligne bancaire suffisante

Si votre banque vous accorde déjà une facilité de caisse, un découvert autorisé ou une ligne de crédit court terme suffisamment importante, il n'est pas forcément utile d'ajouter immédiatement une nouvelle solution.

Commencez par comparer ce que vous coûte réellement votre financement bancaire avec le coût d'un affacturage. Mais ne vous limitez pas au taux : les deux solutions ne reposent pas sur la même logique.

La banque finance principalement votre entreprise et sa capacité de remboursement. Le factor finance principalement des créances commerciales éligibles en tenant compte notamment de la qualité des débiteurs. Selon la formule retenue, l'affacturage peut également apporter des services complémentaires de gestion du poste clients, de recouvrement et éventuellement de couverture contre l'insolvabilité.

La question devient donc : votre ligne bancaire est-elle suffisante aujourd'hui, mais aussi demain si votre chiffre d'affaires augmente fortement ? Une entreprise en croissance peut conserver sa ligne bancaire comme réserve de sécurité et utiliser l'affacturage pour financer directement son poste clients.

Mon client accepte de payer plus tôt contre un faible escompte

Avant de faire financer une facture par un tiers, une solution très simple mérite d'être étudiée : proposer au client une réduction en contrepartie d'un paiement anticipé.

Supposons une facture de 50 000 € payable à 60 jours. Si votre client accepte de payer immédiatement contre un escompte de 1 %, vous renoncez à 500 € de chiffre d'affaires pour récupérer votre trésorerie beaucoup plus tôt.

Il faut alors comparer ces 500 € au coût complet du financement alternatif. Si le coût de l'affacturage, de l'escompte bancaire ou d'une autre ligne de trésorerie est inférieur, le financement peut être financièrement préférable. Dans le cas contraire, l'escompte accordé au client peut constituer une solution simple et rapide.

Attention toutefois à ne pas raisonner uniquement en pourcentage. Un escompte commercial est une réduction définitive de votre marge, alors qu'un coût de financement dépend généralement du montant effectivement mobilisé et de sa durée d'utilisation.

Ma facture est contestée

Une facture contestée change complètement la nature du problème. Vous n'avez plus seulement une créance à financer : vous avez d'abord un litige commercial à résoudre.

Le client peut par exemple contester la qualité de la prestation, la quantité livrée, le prix facturé, l'exécution du contrat ou réclamer un avoir. Dans cette situation, la créance peut ne plus présenter les caractéristiques nécessaires pour être financée normalement.

Il faut donc commencer par traiter la cause du litige : réunir les bons de commande et de livraison, les procès-verbaux de réception, les échanges avec le client et tout document permettant de démontrer que la créance est certaine et justifiée.

L'affacturage ne transforme pas une facture litigieuse en créance incontestable. Même lorsqu'une facture a déjà été financée, un litige déclaré ultérieurement peut entraîner son définancement selon les dispositions du contrat.

Ma facture est déjà très en retard

Une facture payable à 60 jours et encore non échue constitue potentiellement une créance à financer. Une facture qui aurait dû être réglée depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois pose un problème différent.

Plus le retard augmente, plus il faut déterminer pourquoi le client ne paie pas. Il peut s'agir d'un simple retard administratif, d'un problème de validation interne, d'une tension de trésorerie chez le débiteur, d'un litige commercial ou des premiers signes d'une difficulté financière plus sérieuse.

La priorité devient alors la relance et le recouvrement de la créance. Il faut contacter rapidement le débiteur, identifier précisément la cause du retard, obtenir une date ferme de règlement et, si nécessaire, engager une procédure de recouvrement adaptée.

Si votre entreprise bénéficie d'une assurance-crédit ou d'une garantie intégrée à son contrat d'affacturage, il faut également respecter les délais de déclaration et les procédures prévues au contrat afin de ne pas compromettre une éventuelle indemnisation.

La distinction est fondamentale : une créance saine dont l'échéance se situe dans 60 jours représente principalement un besoin de financement. Une créance déjà fortement échue représente d'abord un risque de recouvrement et potentiellement d'impayé.

✔ Point de contrôle
Avant de choisir une solution, classez votre besoin dans l'une de ces trois catégories : facture saine à financer, besoin récurrent de financement du poste clients ou créance déjà en difficulté. Cette distinction permet d'éviter de chercher une solution de financement alors que le véritable problème est devenu un problème de recouvrement.

La bonne question n'est pas « comment attendre 60 jours ? », mais « pourquoi attendre ? »

Lorsqu'une entreprise a correctement exécuté sa prestation, émis une facture incontestable et travaille avec un client solvable, elle dispose d'un actif : sa créance client. Elle peut décider de patienter jusqu'à l'échéance. Mais si cette attente :

  • bloque sa croissance ;
  • fragilise sa trésorerie ;
  • oblige à retarder des fournisseurs ;
  • mobilise son découvert ;
  • l'empêche d'accepter de nouveaux marchés,

il devient logique d'étudier la mobilisation de cette créance. L'objectif n'est pas de financer artificiellement une entreprise déficitaire. Il s'agit de transformer plus rapidement une vente déjà réalisée en trésorerie disponible. C'est précisément la fonction économique de l'affacturage.

Bon à retenir

Un délai client de 60 jours ne doit pas automatiquement devenir un délai de 60 jours pour votre trésorerie. Lorsque la créance est saine et éligible, l'affacturage permet de dissocier le calendrier commercial du calendrier de trésorerie.

En résumé : votre client paie dans 60 jours, voici quoi faire

Si votre client vous paie dans 60 jours alors que vous avez besoin de trésorerie immédiatement, commencez par vérifier que le problème vient bien du délai d'encaissement et non d'un déficit structurel. Calculez ensuite le montant exact nécessaire jusqu'au règlement du client. Si le besoin est limité à une ou plusieurs factures, une solution de financement ponctuel de créances peut permettre d'obtenir rapidement une avance sans nécessairement mettre en place un dispositif global. Si ce décalage se reproduit chaque mois, l'affacturage classique peut devenir un véritable outil de financement du cycle d'exploitation. Dans tous les cas, comparez :

  • le montant réellement disponible ;
  • le coût complet ;
  • les délais de mise en place ;
  • les conditions d'éligibilité ;
  • le traitement des impayés ;
  • le recours éventuel contre votre entreprise ;
  • la couverture contre l'insolvabilité ;
  • les engagements contractuels.

Un délai client de 60 jours ne doit pas nécessairement devenir un délai de 60 jours pour votre trésorerie. Lorsqu'elle est correctement structurée, la mobilisation des créances permet de dissocier les deux : votre client conserve son délai de règlement tandis que votre entreprise récupère beaucoup plus rapidement les liquidités nécessaires à son activité.

FAQ : questions et réponses

Oui, dès lors qu'elle correspond à une prestation ou une livraison réellement effectuée et qu'elle remplit les critères du financeur. Il n'est normalement pas nécessaire d'attendre que la facture approche de son échéance pour demander son financement.

Non. C'est même généralement l'inverse : l'affacturage est particulièrement adapté aux créances saines qui ne sont pas encore échues. Une facture déjà en retard peut nécessiter une approche différente.

Certaines solutions d'affacturage ponctuel ou de financement à la demande permettent de sélectionner une ou plusieurs factures. Il faut toutefois vérifier les critères d'éligibilité et les conditions du prestataire.

Cela dépend de la formule retenue. L'affacturage classique est souvent notifié au client, tandis que certaines offres confidentielles permettent de conserver un fonctionnement différent. Il faut examiner précisément les modalités du contrat.

C'est possible dans certains dossiers. L'absence d'un historique financier important n'est pas nécessairement rédhibitoire, notamment lorsque les créances sont bien documentées et les débiteurs présentent une bonne solvabilité. Les critères varient toutefois fortement d'un factor à l'autre.

Parce que la solvabilité du client n'est qu'un critère parmi d'autres. Le factor regarde également la nature de la prestation, les conditions contractuelles, le montant de la facture, la concentration du risque, les éventuels litiges ou encore les justificatifs disponibles.

Selon le contrat, le coût de financement peut être lié à la durée réelle d'utilisation des fonds. Un règlement anticipé peut donc modifier le coût final. Il faut vérifier le mode de calcul prévu par le factor.

Oui. Les deux solutions peuvent être complémentaires. Une entreprise peut conserver ses lignes bancaires pour certains besoins et utiliser l'affacturage pour financer son poste clients.

L'affacturage classique concerne principalement des créances professionnelles B2B ou certaines créances sur le secteur public. Les créances B2C n'entrent généralement pas dans son périmètre habituel.

Il n'existe pas de seuil universel. En revanche, lorsque le même problème revient chaque mois et oblige constamment l'entreprise à utiliser son découvert ou à rechercher des financements ponctuels, il devient pertinent de comparer le coût de ces solutions successives avec celui d'un contrat d'affacturage structuré.

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